islamaumaroc

Les Ecoles Traditionnelles: Aperçu Général

Tout au long de l'histoire de l'Islam, la mosquée a joué un double rôle de la mosquée en tant que lieux de culte et d’apprentissage. Au Maroc, A chaque fois qu’on construisait une mosquée, une grande salle, appelée dans certaines régions du Maroc le msid, lui était annexée pour apprendre le saint Coran aux enfants...

L’Islam, depuis son avènement il y’a quatorze siècles, a toujours accordé une importance primordiale à l’enseignement et à l’apprentissage. Le prophète, sa vie durant, n’a cessé d’exhorter les musulmans de combattre leur analphabétisme et de se désaltérer aux abreuvoirs de la science, non seulement en leur promettant une ample rétribution dans la vie de l’au-delà, mais en les dotant aussi des moyens à même de les aider à atteindre cet objectif. Ainsi, de par les assemblées dédiées à l’apprentissage des versets du Coran, des préceptes de la religion et des lois juridiques, des cours d’alphabétisation étaient dispensés au sein de la mosquée du prophète, parfois même par des captifs auxquels on promettait la libération contre l’instruction de dix musulmans. Le prophète a aussi encouragé quelques uns des ses compagnons à apprendre des langues étrangères, comme ce fut le cas de Zayd Ibn Thabit qui a appris le Syriaque.

Cette pratique méritoire du messager d’Allah, qui consolide le double rôle de la mosquée en tant que lieux de culte et d’apprentissage, sera préservée et par les califats musulmans dans les quatre coins du monde islamique. Ainsi, les écoles coraniques, appelées en arabe katatibs, étaient souvent annexées à la mosquée.



1 - l'enseignement traditonnel au Maroc:

Ce fut aussi le cas du Maroc, qui a embrassé l’islam en l’an 61 de l’hégire. A chaque fois qu’on construisait une mosquée, une grande salle, appelée dans certaines régions du Maroc le msid, lui était annexée pour apprendre le saint Coran aux enfants. Le faqih, qui était souvent l’imam de la mosquée, s’assied sur une chaire et autour de lui s’alignent les petits écoliers appelés aussi mhaders (pluriel de amehdar) Généralement, les enfants rejoignent le msid dés leur jeune age (entre quatre et cinq ans). Assis sur des nattes, ils répètent après le faqih les versets du coran qu’il prononce. Plus tard, ils apprennent l’alphabet que celui-ci transcrit sur une planche en bois couverte de glaise appelée l?ha. Une fois l’alphabet est appris, l’amehdar transcrit à l’aide du calame les versets que lui dicte le faqih. Il apprend d’abord la fatiha, puis les petites sourates des deux derniers hizbs (chapitres du Coran) et passe graduellement aux sourates les plus longues.

Le nombre d’écoliers qui rejoignaient les msids, répartis partout au Maroc, ne cessait de croître. Les salles, jadis vastes, ne pouvaient contenir le grand nombre de mhaders qui, ayant appris le Coran par cœur, devaient apprendre d’autres disciplines. Pour pallier à ce manque d’espace, deux solutions ont été mises en oeuvre: l’établissement des chaires dans certaines mosquées, comme fut le cas de la mosquée Quarawiyine de Fès, et la construction des medersas. Au fil des années, dans les villes comme dans la campagne, au nord du pays comme au sud, ces écoles dites traditionnelles se comptaient par centaines. Les msids qui étaient de grandes salles annexées aux mosquées sont devenues de grandes écoles auxquelles s’annexaient de petites mosquées.

Les medersas étaient généralement construites par les tribus ou par les bienfaiteurs. Elles comportaient de petites chambres pour les étudiants, une salle de prière ou parfois une petite mosquée qui leur était annexée, une salle d’ablutions, un chauffe-eau, une salle de cours et une chambre pour la cuisinière. Le professeur, lui, bénéficiait d’une petite résidence. Un grand entrepôt était aménagé, surtout dans les medersas de la campagne, pour emmagasiner les denrées alimentaires de l’année.

La tribu se charge de la gestion de la medersa soit via un moqaddem, soit via le faqih lui-même quand c’est lui qui l’a construite. Le moqaddem s’occupe de l’approvisionnement de l’entrepôt, du contrôle des repas, de la surveillance des étudiants et du paiement du salaire du professeur. La tribu se charge quant à elle de pourvoir aux besoins de l’école et du faqih à travers la zakat des récoltes dont une partie est allouée à la medersa, ou à travers les aumônes ou les donations des familles aisées.

Les étudiants, dont une partie vient des tribus et des villes avoisinantes ou parfois lointaines, poursuivent leurs études en pensionnat. Ils reçoivent trois repas quotidiens : le déjeuner, la collation, et le dîner. Le faqih, après son élection, passe un contrat verbal, appelé shart ou chard avec la tribu en vertu duquel il s’engage à enseigner dans la medersa pour une période déterminée (une année lunaire en général) contre son approvisionnement en denrées alimentaires dont il détermine la qualité et la quantité. Ces denrées (céréales, huile d’olive, beurre fondu, dattes, etc) proviennent soit de l’entrepôt de la medersa elle-même, soit des familles de la tribu ou des familles des étudiants aisés. Après l’écoulement de la période fixée pour le shart, la tribu se réunit pour décider de son renouvellement ou pas. Le rendez-vous qui est fixé après le battage du blé, est annoncé par un crieur public du toit de la mosquée. C’est aussi le moment pour la tribu de pourvoir à l’école.

2 - le système d'enseignement:

Les études commencent tôt le matin. Les étudiants préparent leurs l?has en effaçant à l’eau ce qui y a été écrit la veille ou auparavant. Puis ils les recouvrent de glaise et les laissent sécher près du chauffe-eau avant de rejoindre la salle de prière pour accomplir la prière d’as-sobh (l’aurore). La prière en commun et la lecture du hizb (la récitation rituelle quotidienne en groupe d’un chapitre du Coran) matin et soir sont indispensables. Le professeur explique le cours aux étudiants qui l’entourent. Un d’entre eux, appelé al qârii (le lecteur) s’assoit à droite du faqih, lit une partie du verset ou du vers en question. Le professeur l’explique en citant d’autres références. Ce n’est qu’après la fin du cours que les étudiants l’écrivent à l’aide du calame et du smakh ou smagh (une encre à base de laine du mouton qu’on brûle et qu’on mélange à l’eau) pour l’apprendre par cœur.

L’apprentissage dans les écoles coraniques se fait progressivement. L’étudiant commence par apprendre les moutoune : des ouvrages de poésie en vers traitant des règles principales d’une science donnée. Ces moutoune constituent la base pour l’étudiant avant qu’il ne se spécialise dans une ou plusieurs branches. Dans la majorité des écoles traditionnelles, surtout celles de la région du Sous, au sud du Maroc, l’étudiant commence par assimiler la syntaxe de la langue arabe. Il doit apprendre par cœur les ouvrages programmés pour cette discipline dont al ajroumia, un recueil de quelques deux cents soixante (260) vers sur les différentes règles de la syntaxe. L’étudiant doit la réciter en totalité à deux reprises avant de passer à d’autres ouvrages plus compliqués. Les vers, ainsi que l’explication du professeur sont transcrites sur la l?ha avec toutes les références. L’étudiant ne doit pas, à ce stade, lire les livres expliquant ses ouvrages.

En deuxième année, l’étudiant passe au fiqh. Il commence par apprendre al morchid al mo’ine, un recueil de vers qui traite de la théologie, du fikh et du soufisme, écrit par Abdelwahed ibn achir, un des oulémas malékites, décédé en 1040 de l’hégire. Puis il passe à la Risala (l’épître) d’ab? Zayd al Qayraw?n? qui traite, d’une manière concise, des préceptes de la jurisprudence (fikh) islamique. L’apprentissage de la syntaxe continue avec la alfiya d’ibn Malek, un ouvrage de mille (1000) vers traitant des divers aspects de la syntaxe de la langue arabe.

Les cours dans les écoles traditionnelles sont variés : à part la syntaxe et le fikh, les étudiants apprennent les règles de la versification, la littérature, l’exégèse, la terminologie des hadiths, la tradition du prophète, l’arithmétique, la logique, la théologie, la dogmatique, et la médecine. Certaines medersas se sont spécialisées dans l’une ou l’autre de ces branches. Les étudiants ayant atteint un niveau supérieur dans les écoles traditionnelles les rejoignent pour approfondir leurs connaissances en la matière avant de s’inscrire à la Quarawiyine à Fès ou Al Azhar en Egypte.

Bien que la majorité des ouvrages s’apprennent par cœur, les étudiants se livrent à des discussions et préparent le cours que prononcera le faqih le lendemain. Dans les medersas du Sous par exemple, les étudiants, appelés chadoune, qui ont déjà récité la alfiya par cœur plus de deux fois, donnent à tour de rôle une leçon qu’ils doivent bien préparer pour ne pas être la risée de leurs camarades de classe. L’étudiant énonce un problème syntaxique qu’il doit aborder selon ses connaissances, tout en citant l’avis des grammairiens en la matière d’après les ouvrages étudiés dans la medersa. Les autres étudiants qui s’assoient autour de lui, en majorité des chadoune mais aussi des débutants, exposent les différentes facettes de la question qu’il doit discuter et à laquelle il doit apporter une réponse.

Voir aussi

L'Ecole coranique de la Mosquée Hassan II - Fiche technique

L'école coranique à Bengammoude

L''école coranique d'Assersif

L'école coranique de la mosquée Ohoud.

L'école coranique de la mosquée Imam Boukhari à Agadir

L’Ecole Traditionnelle Tafraoute El Mouloude

Les conditions d’ouverture des écoles coraniques

Ecole Tandmane pour l’enseignement traditionnel

Les Ecoles Traditionnelles: Aperçu Général

Vers une modernisation de l'enseignement traditionnel

Les medersas: données techniques

Ecole Al-Baat Al-Islâmi

Plus d'articles

facebook twitter youtube